#1

Et j'imaginais comme cela

in Here is your first Forum Mon Jul 21, 2014 8:19 am
by lluggg598 • 6 Posts

Lettres de mon moulin


Une lettre, pre Azan Oui, monsieur a vient de Paris.


Il tait tout fier que a vnt de Paris, ce brave pre Azan Pas moi. Quelque chose me disait que cette Parisienne de la rue Jean Jacques, tombant sur ma table l'improviste et de si grand matin, allait me faire perdre toute ma journe. Je ne me trompais pas, voyez plutt faut que tu me rendes un service, mon ami. Tu vas fermer ton moulin pour un jour et t'en aller tout de suite Eyguires Eyguires est un gros bourg trois ou quatre lieues de chez toi, une promenade. En arrivant, tu demanderas le couvent des Orphelines. La premire maison aprs le couvent est une maison basse volets gris avec un jardinet derrire. Tu entreras sans frapper, la porte est toujours ouverte, et, en entrant, tu crieras bien fort braves gens Je suis l'ami de Maurice Alors, tu verras deux petits vieux, oh mais vieux, vieux, archivieux, te tendre les bras du fond de leurs grands fauteuils, et tu les embrasseras de ma part, avec tout ton cur, comme s'ils taient toi. Puis vous causerez ils te parleront de moi, rien que de moi ils te raconteront mille folies que tu couteras sans rire Tu ne riras pas, hein Ce sont mes grands parents, deux tres dont je suis toute la vie et qui ne m'ont pas vu depuis dix ans Dix ans, c'est long Mais que veux tu moi, Paris me tient eux, c'est le grand ge Ils sont si vieux, s'ils venaient me voir, ils se casseraient en route Heureusement, tu es l bas, mon cher meunier, et, en t'embrassant, les pauvres gens croiront m'embrasser un peu moi mme Je leur ai si souvent parl de nous et de cette bonne amiti dont


Le diable soit de l'amiti Justement ce matin l il faisait un temps admirable, mais qui ne valait rien pour courir les routes trop de mistral et trop de soleil, une vraie journe de Provence. Quand cette maudite lettre arriva, j'avais dj choisi mon cagnard (abri) entre deux roches, et je rvais de rester l tout le jour, comme un lzard, boire de la lumire, en coutant chanter les pins Enfin, que voulez vous faire Je fermai le moulin en maugrant, je mis la clef sous la chatire. Mon bton, ma pipe, et me voil parti.


J'arrivai Eyguires vers deux heures. Le village tait dsert, tout le monde aux champs. Dans les ormes du cours, blancs de poussire, les cigales chantaient comme en pleine Crau. Il y avait bien sur la place de la mairie un ne qui prenait le soleil, un vol de pigeons sur la fontaine de l'glise mais personne pour m'indiquer l'orphelinat. Par bonheur une vieille fe m'apparut tout coup, accroupie et filant dans l'encoignure de sa porte je lui dis ce que je cherchais et comme cette fe tait trs puissante, elle n'eut qu' lever sa quenouille aussitt le couvent des Orphelines se dressa devant moi comme par magie C'tait une grande maison maussade et noire, toute fire de montrer au dessus http://www.officialbearsnflauthentic.com/authentic-brock-vereen-jersey.html de son portail en ogive une vieille croix de grs rouge avec un peu de latin autour. ct de cette maison, j'en aperus une autre plus petite. Des volets gris, le jardin derrire Je la reconnus tout de suite, et j'entrai sans frapper.


Je reverrai officialbearsnflauthentic.com/authentic-will-sutton-jersey.html toute ma vie Will Sutton Jersey ce long corridor frais et calme, la muraille peinte en rose, le jardinet qui tremblait, au fond travers un store de couleur claire, et sur tous les panneaux des fleurs et des violons fans. Il me semblait que j'arrivais chez quelque vieux bailli du temps de Sedaine Au bout du couloir, sur la gauche, par une porte entr'ouverte on entendait le tic tac d'une grosse horloge et une voix d'enfant, mais d'enfant l'cole, qui lisait en s'arrtant chaque syllabe A lors saint I r ne s' cria a Je suis le fro ment du Seigneur Il faut que je sois mou lu par la dent de ces a ni maux Je m'approchai doucement de cette porte et je regardai.


Dans le calme et le demi jour d'une petite chambre, un bon vieux pommettes roses, rid jusqu'au bout des doigts, dormait au fond d'un fauteuil, la bouche ouverte, les mains sur ses genoux. ses pieds, une fillette habille de bleu, grande plerine et petit bguin, le costume des orphelines, lisait la Vie de saint Irne dans un livre plus gros qu'elle Cette lecture miraculeuse avait opr sur toute la maison. Le vieux dormait dans son fauteuil, les mouches au plafond, les canaris dans leur cage, l bas sur la fentre. La grosse horloge ronflait, tic tac, tic tac. Il n'y avait d'veill dans toute la chambre qu'une grande bande de lumire qui tombait Brock Vereen Jersey droite et blanche entre les volets clos, pleine d'tincelles vivantes et de valses microscopiques Au milieu de l'assoupissement gnral, l'enfant continuait sa lecture d'un air grave Aus si tot deux lions se pr ci pi t rent sur lui et le d vo r rent C'est ce moment que j'entrai Les lions de saint Irne se prcipitant dans la chambre n'y auraient pas produit plus de stupeur que moi. Un vrai coup de thtre La petite pousse un cri, le gros livre tombe, les canaris, les mouches se rveillent, la pendule sonne, le vieux se dresse en sursaut, tout effar, et moi mme, un peu troubl, je m'arrte sur le seuil en criant bien fort Bonjour, braves gens je suis l'ami de Maurice.


Oh alors, si vous l'aviez vu, le pauvre vieux, si vous l'aviez vu venir vers moi les bras tendus, m'embrasser, me serrer les mains, courir gar dans la chambre, en faisant Mon Dieu mon Dieu les rides de son visage riaient. Il tait rouge. Il bgayait Ah monsieur ah monsieur


Puis il allait vers le fond en appelant


Mamette porte qui s'ouvre, un trot de souris dans le couloir c'tait Mamette. Rien de joli comme cette petite vieille avec son bonnet coque, sa robe carmlite, et son mouchoir brod qu'elle tenait la main pour me faire honneur, l'ancienne mode Chose attendrissante ils se ressemblaient. Avec un tour et des coques jaunes, il aurait pu s'appeler Mamette, lui aussi. Seulement la vraie Mamette avait d beaucoup pleurer dans sa vie, et elle tait encore plus ride que l'autre. Comme l'autre aussi, elle avait prs d'elle une enfant de l'orphelinat, petite garde en plerine bleue, qui ne la quittait jamais et de voir ces vieillards protgs par ces orphelines, c'tait ce qu'on peut imaginer de plus touchant.


En entrant, Mamette avait commenc par me faire une grande rvrence, mais d'un mot le vieux lui coupa sa rvrence en deux C'est l'ami de Maurice


Aussitt la voil qui tremble, qui pleure, perd son mouchoir, qui devient rouge, toute rouge, encore plus rouge que lui Ces vieux a n'a qu'une goutte de sang dans les veines, et la moindre motion elle leur saute au visage


Vite, vite, une chaise dit la vieille sa petite.


Ouvre les volets crie le vieux la sienne.


Et, me prenant chacun par une main, ils m'emmenrent en trottinant jusqu' la fentre, qu'on a ouverte toute grande pour mieux me voir. On approche les fauteuils, je m'installe entre les deux sur un pliant, les petites bleues derrire nous, et l'interrogatoire commence Comment va t il Qu'est ce qu'il fait Pourquoi ne vient il pas Est ce qu'il est content patati et patata Comme cela pendant des heures.


Moi, je rpondais de mon mieux toutes leurs questions, donnant sur mon ami les dtails que je savais, inventant effrontment ceux que je ne savais pas, me gardant surtout d'avouer que je n'avais jamais remarqu si ses fentres fermaient bien ou de quelle couleur tait le papier de sa chambre.


Le papier de sa chambre Il est bleu, madame, bleu clair, avec des guirlandes


Vraiment faisait la pauvre vieille attendrie et elle ajoutait en se tournant vers son mari C'est un si brave enfant Oh oui, c'est un brave enfant reprenait l'autre avec enthousiasme.


Et, tout le temps que je parlais, c'taient entre eux des hochements de tte, de petits rires fins, des clignements d'yeux, des airs entendus, ou bien encore le vieux qui se rapprochait pour me dire Parlez plus fort Elle a l'oreille un peu dure.


Et elle de son ct Un peu plus haut, je vous prie Il n'entend pas trs bien


Alors j'levais la voix et tous deux me remerciaient d'un sourire et dans ces sourires fans qui se penchaient vers moi, cherchant jusqu'au fond de mes yeux l'image de leur Maurice, moi, j'tais tout mu de la retrouver cette image, vague, voile, presque insaisissable, comme si je voyais mon ami me sourire, trs loin, dans un brouillard.


Tout coup le vieux se dresse sur son fauteuil Mais j'y pense, Mamette, il n'a peut tre pas djeun Mamette, effare, les bras au ciel Pas djeun Grand Dieu croyais qu'il s'agissait encore de Maurice, et j'allais rpondre que ce brave enfant n'attendait jamais plus tard que midi pour se mettre table. Mais non, c'tait bien de moi qu'on parlait et il faut voir quel branle bas quand j'avouai que j'tais encore jeun


Vite le couvert, petites bleues La table au milieu de la chambre, la nappe du dimanche, les assiettes fleurs. Et ne rions pas tant, s'il vous plat et dpchons nous


Je crois bien qu'elles se dpchaient. peine le temps de casser trois assiettes le djeuner se trouva servi.


Un bon petit djeuner me disait Mamette en me conduisant table seulement vous serez tout seul Nous autres, nous avons dj mang ce matin.


Ces pauvres vieux quelque heure qu'on les prenne, ils ont toujours mang le matin.


Le bon petit djeuner de Mamette, c'tait deux doigts de lait, des dattes et une barquette, quelque chose comme un chaud de quoi la nourrir elle et ses canaris au moins pendant huit jours Et dire qu' moi seul je vins bout de toutes ces provisions Aussi quelle indignation autour de la table Comme les petites bleues chuchotaient en se poussant du coude, et l bas, au fond de leur cage, comme les canaris avaient l'air de se dire ce monsieur qui mange toute la barquette la mangeai toute, en effet, et presque sans m'en apercevoir, occup que j'tais regarder autour de moi dans cette chambre claire et paisible o flottait comme une odeur de choses anciennes Il y avait surtout deux petits lits dont je ne pouvais pas dtacher mes yeux. Ces lits, presque deux berceaux, je me les figurais le matin, au petit jour, quand ils sont encore enfouis sous leurs grands rideaux franges. Trois heures sonnent. C'est l'heure o tous les vieux se rveillent Tu dors, Mamette Non, mon ami.


N'est ce pas que Maurice est un brave enfant Oh oui c'est un brave enfant.


Et j'imaginais comme cela toute une causerie, rien que pour avoir vu ces deux petits lits de vieux, dresss l'un ct de l'autre


Pendant ce temps, un drame terrible se passait l'autre bout de la chambre, devant l'armoire. Il s'agissait d'atteindre l haut, sur le dernier rayon, certain bocal de cerises l'eau de vie qui attendait Maurice depuis dix ans et dont on voulait me faire l'ouverture. Malgr les supplications de Mamette, le vieux avait tenu aller chercher ses cerises lui mme et, mont sur une chaise au grand effroi de sa femme, il essayait d'arriver l haut Vous voyez le tableau d'ici, le vieux qui tremble et qui se hisse, les petites bleues cramponnes sa chaise, Mamette derrire lui haletante, les bras tendus, et sur tout cela un lger parfum de bergamote qui s'exhale de l'armoire ouverte et des grandes piles de linge roux C'tait charmant.

Scroll up


Visitors
0 Members and 9 Guests are online.

We welcome our newest member: hsdjkbmbulNM369
Board Statistics
The forum has 10915 topics and 13892 posts.